« À quel moment avons-nous décidé de nous détourner de la participation aux choix collectifs, de nous désintéresser de la Politique et du débat public ? À quel moment avons-nous cédé à la tentation de « cultiver notre jardin », chacun chez soi, chacun pour soi, en déléguant les choix qui s’avèrent aujourd’hui vitaux à d’autres, les «politiques », les « élites » – pour mieux les blâmer de ces échecs et de ces manquements qui sont avant tout le produit de nos lâchetés ? (…)
Quelle ironie que la pandémie nous inflige la multiplication à l’infini d’un geste qui pourrait être, finalement, la métaphore de ce que nous avons été ces dernières années : un peuple qui se lave les mains de l’essentiel, pour ne pas avoir à l’affronter. Pour ne pas être contraints de s’interroger sur le sens de ce que nous avons fait, et sur ce que nous sommes devenus.
Métaphore de renoncements. De nos petitesses. Nos mesquineries. Nos contradictions assumées. Nos accommodements plus ou moins grands avec la vérité. Nos pannes de courage. Nos cas de conscience remisés sous le tapis. Nos égoïsmes. Nos « on verra plus tard ». Bref, toutes ces petites choses dont nous nous sommes, individuellement et collectivement, lavé les mains et qui nous pètent à la gueule aujourd’hui. »
Tracts de crise, Gallimard, avril 2020
