ANNIE ERNAUX, Monsieur le Président

« C’est un temps propice à la réflexion, aux interrogations, un temps pour imaginer un nouveau monde. Pas celui que vous n’aviez de cesse de vanter et dont on peut redouter, à certains signes, la reprise sans délai. Décideurs et financiers reprennent déjà sans pudeur l’antienne néolibérale du « travailler plus », jusqu’à 60 heures par semaine, préconisent de « maintenir les marchés ». Et qui nous dit que les lois qui restreignent notre liberté aujourd’hui ne vont pas perdurer demain ?

Nous sommes nombreux à ne plus vouloir de ce monde dont l’épidémie révèle les inégalités criantes, le gouffre qui existe entre le confinement d’une famille de 7 personnes dans 60 m2 et celui de résidents secondaires à la campagne ou à la mer. Nombreux à vouloir au contraire un monde où les besoins essentiels, se nourrir sainement, se soigner, se loger, s’éduquer, soient garantis à tous, un monde dont les solidarités actuelles montrent, justement, la possibilité.

Il se dit que vous avez été élu par les puissances d’argent, les grands groupes et les lobbies, que par conséquent vous ne ferez jamais que la politique qui les favorise.

Vous pourriez démontrer demain qu’il n’en est rien. »

Tracts de crise, Gallimard, mars 2020