« L’impossible brusquement réalisé : la suspension sine die de toutes les lois-du-marché, la décroissance immédiate, le retour à soi et à la solidarité, le grand virage écologique ! Et personne pour voir venir un tel changement planétaire. Aucune décision humaine, aucun révolutionnaire pour l’engager. Restera-t-il sans conséquence de s’être à tout le moins laissé entrevoir ?
Il se peut après tout qu’un virus, en dépit ou en raison du peu de cas que nous portions à la survie de notre monde, en prenne la défense contre les excès des hommes, cette espèce animale qui aurait bientôt fini d’exterminer toutes les autres espèces et se trouvait à deux doigts de détruire la planète elle-même. Pour se tenir du côté de l’homme malgré tout, celui qui veut encore l’harmonie générale, et se réjouit d’entrevoir le rêve advenu, un espoir se fait jour : au contraire du confinement (si ce mot dit prison alors qu’il parle des confins !), cet espoir tient au retirement, d’un mot francophone réapproprié au sens d’un refus de revenir au libéralisme, à l’exploitation éhontée du monde, un retirement comme la mer se retire, et comme l’humanité elle-même le fera bien un jour complètement – un jour comme ceux-ci que nous vivons, qui en sont la répétition ou l’annonce. »
Tracts de crise, Gallimard, avril 2020
