PATRICE FRANCESCHI, Bonjour Monsieur Orwell

« Les générations qui nous ont précédées ont eu bien souvent à se battre pour le principe de liberté, acceptant de mettre entre parenthèses leur sécurité. Pourquoi renoncerions-nous d’office à maintenir cet esprit qui n’autorise aucune concession de fond puisqu’on ne peut pas être libre à moitié ou au trois-quarts. On est libre ou on ne l’est pas. Et c’est seulement quand on l’est véritablement qu’on vit en régime démocratique. Cela n’empêche nullement que les citoyens de ces régimes consentent à restreindre temporairement leur liberté quand l’intérêt général est en jeu – comme ils le font actuellement avec le confinement – mais ne signifie en aucun cas qu’ils acceptent d’office un contrôle supplémentaire par des voies intrusives qui plongent au coeur même de leurs vies privées et de leur intimité, ce qui est tout autre chose. Dans l’hypothèse où cela adviendrait, nous serions face à un bouleversement périlleux de l’idée même de démocratie, remettant en cause nos valeurs fondamentales.

Si la modernité et ses progrès technologiques supposent que des gens dont nous ne savons rien puissent tout connaître de nous, il faut répudier ce contre-progrès, ne serait-ce que parce qu’il porte atteinte à la dignité humaine. Et accepter de payer le prix de cette répudiation. »

Tracts de crise, Gallimard, avril 2020