JOHANN CHAPOUTOT, Pathologies sociales

« Gageons que les funérailles nationales subséquentes donneront l’occasion de tenir d’émouvants discours sur l’abnégation et le sacrifice de ces admirables combattants. On entendra des couplets émouvants sur les «nouvelles solidarités» et «l’État providence» de la part de ceux qui, par idéologie, bête et méchante, les détruisent avec acharnement et méthode.

Il y aura un après, nous dit-on. Voire : après la crise de 2008, l’après a consisté à aggraver l’avant. L’État, qui avait sauvé les spéculateurs voyous, a été stigmatisé pour ses déficits !

L’aveuglement odieux de ceux qui détruisent l’État, qui méprisent ses fonctionnaires, tous ceux qui dénonçaient la «gestion» et le «management» du «nouveau monde», tous ceux qui, comme les infirmières et les médecins gazés en manifestations disaient « Vous comptez les sous, on comptera les morts », se paye au prix fort.

Cette pandémie est le crash-test du néolibéralisme qui atomise les individus, érige l’argent en seule valeur, raisonne en masses (le BTP, trop important pour l’économie, doit continuer) et en statistiques, et n’a su opposer aux lanceurs d’alertes, aux militants et aux syndicats que la violence d’un État dépouillé en amont et réduit, en aval, à la seule répression policière. On a entendu lors d’une allocution quelconque que toutes les conséquences devraient être tirées : elles le seront. »

Tracts de crise, Gallimard, mars 2020