« La politique ne devrait jamais oublier que sa tâche est de nous organiser sains et saufs un monde commun possible, mais en appartenant à deux royaumes distincts et indissociables, celui de la nature, de la férocité de la vie, et celui
des sociétés humaines qui voudraient parfois s’abstraire de ce premier royaume. Comment assumer le désastre sinon en oeuvrant pour que reviennent le bien de la citoyenneté et de l’attachement politique au service de tous et de toute vie au monde. Avec cette vieille idée tragique dont je ne démords plus : c’est l’insécurité de vivre qui donne son prix au travail de vivre.
L’hirondelle fraîche du printemps et l’agilité aveugle du virus. Je les conjugue, je les expose, je les conjure. Il faudrait prendre notre vulnérabilité politiquement au sérieux. Opposer à la férocité de la vie moins notre puissance cognitive que notre vulnérabilité de vivants. Notre capacité de résistance à la violence du vivant dépend étroitement de notre degré de conscience de notre fragilité. »
Tracts de crise, Gallimard, mars 2020
