CLAIRE FERCAK, Ces morts qu’on n’accompagne pas

« Tous ceux qui fréquentent  les hôpitaux savent à quel point les conditions de travail des soignants sont difficiles. Voici qu’aujourd’hui elles sont pires. Outre les conditions, le manque de matériel pour se protéger, la pénurie de masques, les soignants se trouvent face à toutes ces morts solitaires. Ce sont eux qui en sont témoins…

Les soignants et les aidants ont besoin d’aide, voilà notre société́. Dans une société́ où l’allongement des congés d’un parent qui perd un enfant est remis en question par des députés à l’Assemblée nationale, dans une société́ où les cris d’alerte des personnels médicaux ont été́ ignorés pendant des années, comment s’organisera l’écoute, le soutien dont les soignants auront besoin? Qui prendra soin d’eux?

Quel espace et quel temps leur seront ouverts, offerts ? En dehors des mobilisations associatives et individuelles, quelle humanité́ pour les entendre et agir en conséquence ? Pour eux, pour d’autres, la fin du confinement ne sera pas une grande fête, une bataille remportée, une « guerre » que l’on aura gagnée de façon souveraine et sans inquiétude. Non. Il y aurait bien des choses à retenir de l’inquiétude, de la mort, par exemple que, face à elle, nous pouvons être bien seuls et démunis. Si cela pouvait rendre modestes, plus humains, ceux qui ont échoué́ par arrogance, par mépris, par intérêt financier… »

Tract de crise, Gallimard, avril 2020