ERRI DE LUCA, Le samedi de la terre

« Le Samedi, est-il écrit, n’appartient pas à l’Adam : le Samedi appartient à la terre.

Cette injonction à la laisser respirer en s’imposant un arrêt a été ignorée. Je ne crois pas que la terre puisse récupérer ses Samedis dont elle a été privée. Je crois en revanche que piétiner les Samedis produit les brutales suspensions de notre occupation de la planète. C’est une trêve pour la terre. […]

Mais le Samedi de la terre sème en même temps que les deuils une lueur de vie différente pour les survivants. Car, dorénavant, chacun est un rescapé provisoire. C’est un sentiment qui me rapproche le plus de tous ceux auxquels je ne peux serrer la main. »

 

Tracts de crise, Gallimard, mars 2020